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Les
commentaires du texte I
1. Insistatur hic Alisontiae supero, sed
deuio nonnihil itinere.
Remontons maintenant le
long de l' Alzette, puis nous nous en écartons considérablement.
Il semble que A. Wiltheim soit
remonté du sud du pays, en longeant le cours du fleuve de l'Alzette (Alisontia
fluvius), lequel figure d'ailleurs sur la carte autographe accompagnant son
oeuvre, intitulée Lvcilibvrgense Territorivm Romanvm, dont nous
reproduisons ici un extrait (Krier/Thill 1984). Sur cette carte figurent
également la voie romaine d'Arlon (Orolaunum) à Trèves (Augusta
Treverorum), via Marner (Mambra), Strassen (Strassa),
Luxembourg (Luciliburgum) et Anven (Andethanna). Il est très
difficile de dire, en consultant les cartes modernes, où il s'est « écarté
considérablement » de la rivière de l'Alzette.

La carte :
-
Il s'agit
(consultation : le 18 novembre 2003) d'un document de 34x30cm, composé de deux
pages du papier que Wiltheim utilise couramment pour le ms alpha du L.R.; les
deux feuillets sont collés au dos avec une sorte de bande adhésive qui ne me
paraît pas d'époque; les feuillets sont pliés en leur milieu.
- il porte la
suscription :
Lvcilibvrgense Territorivm Romanvm
- il est
indiscutablement autographe, ainsi que les trois pages manuscrites qui
l'accompagnent
- la
carte n'est pas datée; elle est donc censée représenter un état des choses
connues entre 1639 et 1684
- le
cartogramme est orienté, les mentions 'meridies' (sud), 'septentrio'
(nord), 'occidens' (ouest) et 'oriens' (est) sur inscrites à l'intérieur de la
marge du croquis.
- le
cartogramme est inscrit entre le cours de la Meuse (Mosa fl.) jusqu'à
Namur (Namurum) et de la Moselle (Mosella fluvius) jusqu'au-delà
Neumagen (Nivomagum); au sud le cartogramme va jusqu'à la hauteur de
Metz (Divodurum) et de l'aqueduc de Jouy-aux Arches.
(d'après
CENTRE
ALEXANDRE-WILTHEIM " WILTHEIMIANA ", Charles Marie TERNES, La carte
'LUCILIBURGENSE ROMANUM')
2. Primo lapide cis
jlumen, qua Orolaunum abit Romana Via, est uicus Mambra, ad riuum cognominem,
possessio peruetus coenobii D. Maximini, dono matronae nobilis Luitgardis, cui
frater Henricus Comes; parentes Wigericus et Cunegunda.
A la première borne en deça
du fleuve, sur la route romaine qui va vers Arlon, se trouve le village de
Mamer, sur une rivière du même nom; c'est une très ancienne possession du
couvent de Saint-Maximin, donation de la très noble matrone Luitgarde dont le
frère était le comte Henri. les parents Wigéric et Cunigonde.
L'abbaye Saint-Maximin de Trèves fut
pendant plus de 800 ans propriétaire terrien à Mamer. Les origines de l'abbaye
remontent à Saint Maxime, lequel fut élu en 332 comme 2e évêque de Trèves. Il
mourait en 349 dans sa ville natale Silly près de Poitiers, en se rendant à un
concile à Sardica (Sofia).
Son successeur, Saint Paulin fit
ramener sa dépouille mortelle vers Trèves et le fit inhumer en l' église
Saint-Jean. Au début du 5e siècle, cette église fût détruite lors des invasions
barbares, lesquelles mirent fin également à la résidence impériale de Trèves.
Après la christianisation des Francs,
l'évêque Nicetius (527-566) fit construire l'abbaye de Saint-Maximin à l'endroit
de l'église Saint-Jean. Bientôt, l'abbaye a su bénéficier de donations
importantes des seigneurs francs et mérovingiens. Charlemagne élut Saint-Maximin
comme son patron après avoir été guéri d'une grave maladie en se rendant à sa
tombe et légua d'importantes propriétés à l'abbaye.
Après la destruction de Trèves par
les Normands en 882, les seigneurs francs contribuaient de nouveau à la
reconstruction de l'abbaye par leurs donations; parmi eux la famille du comte
ardennais Wigéric, liée par le mariage aux Carolingiens. Wigéric était un des
protecteurs de l'abbaye, de même que son fils Sigefroi, le premier comte et le
fondateur de Luxembourg.
Luitgarde, la fille de Wigéric et de
son épouse Cunégonde, une petite fille de l'empereur carolingien Louis le Bègue,
restait dans la tradition familiale en donnant le village de Mamer (cf.
acte de donation du 8 Avril 960) qu'elle avait hérité de ses parents, à
l'abbaye - trois ans avant que son frère Sigefroi posait la première pierre de
la ville et du Duché de Luxembourg.
3. Tabulae Luitgardis
anno DCCCCLX conditae praedium uillamque nuncupant.
Des documents émanant de
Luitgarde, établis en 960, mentionnent une propriété et une ferme.
Un acte de donation de 960 lequel
mentionne effectivement une ferme dont l'abbaye Saint-Maximin devrait bénéficier
du cens jusqu'à la mort de Luitgarde; celle-ci s'étant réservé l'usufruit de ses
possessions à Marner:
«
Ne uero hec
tradeio debilis et infirma esse videretur, vestituram eis de eadem proprietate
concessi: mansum videlicet unum cum ancilla Alphilda et filiis eius Woppone,
Humboldo et Thietgero. »
4. Campus ibi cocto
latere frustillatim conspersus.
Sur place, les champs sont
couverts de fragments de poterie minuscules.
Même plus de 300 ans après le passage
de Wiltheim, cette constatation est toujours valable; ce fut également le cas en
1844, quand un certain Chevalier L'Evêque de la Basse-Moûturie (Evêque 1980,
p.46) était de passage à Mamer:
« Déjà, quand nous nous
sommes arrêté, au mois de juin dernier, nous avons été émerveillé à la vue des
innombrables débris de poteries romaines de toute espèce dont le sol se trouve
parsemé. »
5. Paroeciae sacerdos
memorabat, inuetam pateram fictilem filicatem, aereum ditigale sigillum, nummos.
Le curé de la paroisse se
rappelait qu'on avait trouvé une coupe en terre cuite couverte d'un décor
rappelant des fougères, une bague à cacheter en bronze, des monnaies.
Comme nous ignorons, à quelle date A.
Wiltheim a visité Marner, voici la liste des curés de Marner en exercice entre
1630 - 1682, parmi lesquels devrait se trouver le curé mentionné dans le texte:
1629? – 1636 Michel Stroesser
5/7/1636 - ? Mathias Bofferding
1662? – 1668 Johannes Du Mont
1668 - 1692 Johann Steil
(Source : Archives paroissiales de Mamer)
Nic Flener (Flener 1960) donne
l'interprétation suivante de la visite « des frères savants Alexandre et
Christophe de Wiltheim» : Il ne s'agit plus d'une visite chez le curé, mais
chez le châtelain de Mamer. Comme l'ouvrage de Flener comporte plusieurs
erreurs, nous n'attachons pas trop d'importance à ce texte. Il nous semble
cependant que N. Flener ait été fortement induit en erreur en se basant sur
l'article ENGLING 1849 page 8 : «
Als im 17. Jahrhundert die
gelehrten Brüder Alexander und Christophe von Wiltheim bei dem Schlossherrn zu
Mamer auf Besuch weilten, weckten die damals wohl noch zahlreichen Spuren
gallo-römischer Zeit auf Biérg ihr Forscherinteresse. Sie fanden dort einen
Pfeilköcher mit eingraviertem Kassandrabildnis, zahlreiche römische Münzen,
Aschenurnen, Vasenscherben, einen Stein, auf dem tanzende Figuren zu sehen
waren, einen Siegelring aus römischer Zeit und ein Metallgewicht mit der
römischen Zahl XXXIII. »
En
ce qui concerne la coupe en terre cuite avec un décor rappelant des fougères
mentionnée par Wiltheim, il pourrait s'agir d'une coupe ressemblant au bol à
relief du type Dragendorff 37 dont l'illustration ci-contre montre quelques
fragments retrouvés lors des fouilles de 1973 (dans la coupe B, objets datées
fin de la 1re moitié et de la deuxième moitié du 1er siècle (Metzler 1973).
La
bague à cacheter en bronze n'est pourrait ressembler à
« Un ancien cachet en
cuivre, trouvé à Mamer, et donné par M Gomand, commis teneur de livres à
Septfontaines » (PSH
1848).
Raymond Weiller (Weiller 1973)
donne un enrichissant aperçu de monnaies du 1er siècle av. J.C. au 4e siècle
après J.C. trouvées lors des fouilles de 1973 : 257 pièces dont 41 en provenance
d'un trésor de monnaies. La répartition des pièces est la suivante:
1er siècle av. J.C.: 4
1er siècle apr. J.C.: 8
2e siècle: 12
3e siècle: 106
4e siècle: 86.
Le trésor date du 3e siècle et il est
composé d'un antoninien officiel de Valérien II et de 40 faux antoniniens de
Galliénus. R. Weiller affirme que les faux ont été frappés au vicus. Une analyse
spectométrique des traces d'éléments contenus dans les pièces de monnaie a donné
les résultats suivants:
|
Métaux |
Antoninien officiel |
Faux |
|
Argent |
très fortes traces |
--- |
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Cuivre |
très fortes traces |
très fortes traces |
|
Zinc |
faibles traces |
traces moyennes |
|
Plomb |
faibles traces |
faibles traces |
|
Or |
très faibles traces |
--- |
Les ateliers de frappe des autres
pièces sont Rome, Lyon, Cologne, Arlon, Trèves; ceci témoigne des relation
commerciales du petit vicus.
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