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Les
commentaires du texte II
16. Deportauit ex Mambrae vico Mansfeldius saxum hoc.
Mansfeld fit enlever dans le village de Marner la pierre que voici.
Pierre-Ernest, Comte et Prince de
MANSFELD (1517 - 1604), Gouverneur et Capitaine général des Pays-Duché de
Luxembourg et Comté de Chiny de 1545 à 1604, Chevalier de la Toison d'Or,
Maréchal des armées d'Espagne des Pays-Bas, fit construire à Clausen, un des
faubourgs de la ville de Luxembourg, un splendide palais dont il ne reste plus
qu'un portail aujourd'hui.

«
Il avait la taille haute et majestueuse, le visage long, le teint fleuri, l'oeil
vif et hardi mais sevère, la barbe en pointe, les cheveux noirs ne lui
descendant que jusqu'aux oreilles, selon la mode de son époque. Outre ses grands
talents comme guerrier Mansfelt doit être cité comme savant, mais surtout comme
un des plus grands amateurs des arts qu'il protégeait d'une manière éclairée, et
des antiquités, témoin les dépenses énormes qu'il a dû faire pour réunir dans
son palais et ses jardins tous les monuments romains qu'il lui a été possible de
recueillir dans le pays. Mais par contre nous devons lui adresser à cet égard un
reproche que nous croyons fondé: en transplantant ainsi les débris des âges
anciens il leur ôtait une partie de leur valeur. C'est ainsi dans sa manière de
coliger il avait entr'autres fait faire des essais pour enlever l'obélisque
d'Igel: Ses manoeuvres téméraires pour exécuter ce projet ont même été une des
grandes causes, dit-on de la détérioration de ce chef-d'oeuvre de l'art des plus
beaux siècles; et nous sommes heureux encore qu'Alexandre et Guillaume les
frères de Wiltheim avaient vécu à l'époque où ces antiques étaient encore
entiers, pour pouvoir nous en laisser la description dans leurs savants
ouvrages. »
(Neÿen
1860,pp. 413 ff. Le
portrait de Mansfeld est extrait du livre "Zweihundert deutsche Männer",
publié par Ludwig Bechstein, Leipzig 1854.)
La collection de Mansfeld était fort
belle et impressionnante. Ortélius, géographe au service du roi d'Espagne,
disait au sujet de Clausen: « Il n'est pas besoin de rechercher l'Arlon
antique ailleurs qu'ici » (Beek 1975).

Panorama du château La
Fontaine (également nommé château ou palais Mansfeld) à Luxembourg-Clausen.
Dessin attribué à Tobie Verhaeght, fin du 16e siècle,
Musée National d'Histoire et d'Art, Luxembourg.
Mais le comte n'était pas seulement
collectionneur de statues romaines, mais de tout ce qui pouvait exciter son
esprit, tout ce qui était extraordinaire, exotique, hors du commun. Ainsi, dans
son parc se baladaient des animaux d'Afrique, dans sa suite se trouvaient des
nains. A sa mort, il légua des tableaux, ses statues et les plus riches meubles
de son palais à Philippe III, roi d'Espagne, et le palais même à
l'archi-duchesse-infante Isabelle-Claire-Eugénie. Cependant comme cet édifice
était chargé de dettes, la princesse refusa le legs qui, étant resté abandonné
et sans entretien ne tarda pas tomber en ruines. Nous ignororns si vraiment un
partie de la collection Mansfeld est finalement parvenue jusqu'en Espagne.
7.
Lateribus insculptae fabulae, dextrorsum Euridices, laeuorsum Cassandrae.
Sur
les côtés sont représentés deux mythes, à droite celui d'Eurydice, à gauche
celui de Cassandre.
Alexandre Wiltheim n'a pas hésité à
habiller les deux mythes lesquels furent représentés nus au départ.
Au sujet des danseuses nues sur la
pierre d'Arlon, Alexandre Wiltheim écrit: « Des femmes occupent les deux
côtés du bloc, celle de droite à peine couverte, celle de gauche si nue que ma
pudeur s'effaroucha à la peindre. Celle qui est sur le côté plus large porte un
vêtement sur les jambes, aucun noeud, aucune fibule qui retienne ce qui donne
libre champ aux regards! ».
Cassandre
est une création des auteurs antiques. Fille de Priam et d'Hécube, douée par
Apollon, qui l'aimait, mais dont elle avait repoussé l'amour, du pouvoir fatal
de prédire l' avenir sans que personne ajoutât jamais foi à ses prédictions.
Elle ne put détourner les maux qui devaient accabler sa patrie et sa race et
qu'elle avait annoncés vainement dès la naissance de Paris. Pendant la dernière
nuit de Troie, Ajax l'arracha de l'autel d'Athéna où elle s'était réfugiée et
fit violence à la plus belle des filles de Priam. Après qu'Ilion eut été
détruit, Cassandre, esclave d'Agamemnon, le suivit à Mycènes, où elle fut
massacrée avec lui pendant un repas par Egisthe et Clytemnestre. Egiste égorgea
aussi, sur le tombeau de leur mère, Télédamos et Pélops, les deux petits enfants
jumeaux que Cassandre avait eus d'Agamemnon.
Mycènes et Amyclées se disputaient la
sépulture de Cassandre. Elle avait, sous le nom d'Alexandra, un temple et son
image à Amyclées. A Leuctres, où son culte était lié à celui d'Apollon Carnéen,
elle avait aussi un temple et le nom d'Alexandra. La photo représente une coupe
qui appartient à la collection Campana 1861, aujourd'hui au Musée du Louvre. On
y voit Cassandre qui s'est précipitée aux pieds de la statue d'Athéna et
l'embrasse. Ajax vient de l'atteindre et déjà porte la main sur elle.
Eurydice,
fille d'une nymphe et l'épouse célèbre d'Orphée fut tuée par un serpent alors
que le roi des Lapides, Aristée, tenait de s'emparer d'elle. La perte de son
épouse obligea Orphée à descendre aux enfers pour obtenir des maîtres de l'enfer
de lui restituer la défunte. Les dieux acceptent de laisser partir Eurydice à
condition qu'Orphée ne se retourne pas avant d'être arrivé à la lumière du jour.
Mais Orphée ne résiste pas, se retourne et perd définitivement Eurydice (Photo :
Eurydice mourante de Charles-François Lebœuf, dit Nanteuil (français,
1792-1865). Marbre, exécuté à Rome en 1822, présenté au Salon de 1824).
8.
Has narrat Hyginus.
Les
deux nous sont racontés par Hygin.
Hygin, de son nom latin Caius
Julius Hyginus, est un auteur latin né en 67 av. J.-C. à Alexandrie ou en
Espagne (les sources sont imprécises), et mort en 17 ap. J.-C.
Nous savons peu de choses sur lui.
Suétone rapporte qu'il fut esclave de Jules César avant d'être affranchi par
Auguste qui lui confia, en tant que grammairien, la charge de la Bibliothèque
palatine. Commentateur de Virgile, il fut aussi lié à Ovide mais finit par se
brouiller avec lui. Dans ses dernières années, il sombra dans une grande
pauvreté avant que son ami, l'historien Clodius Licinus, ne lui vienne en aide.
La partie de son œuvre qui nous est
parvenue témoigne d'un goût encyclopédique : commentaire de morceaux choisis de
Virgile, commentaires d'antiquités nationales (De familiis Troianis, De
origine situque urbium Italicarum), traités d'agronomie (De agricultura,
De apibus).
Deux d'entre ses ouvrages constituent
des sources importantes pour l'étude de la mythologie gréco-romaine: un recueil
de Fables mythologiques (Fabulae) ainsi qu'un traité sur l'astronomie (De
Astronomia). Ces deux ouvrages sont assez confus et mal écrits, ce qui
permet parfois de douter qu'Hygin soit leur véritable auteur. En 1831 sont
publiées des Fables inédites qui lui sont attribuées (source :
http://fr.wikipedia.org/wiki/Caius_Julius_Hyginus).
13. Cassandra brachiis elatis, crotalon singulis iactans manibus et saltans,
j/exo ad artem latere: de ea et crotalis, dictum in Orolauno.
Cassandre étend le bras, tenant dans chaque main une crotale; elle danse, la
taille infléchie gracieusement; nous reparlerons d'elle et des crotales à propos
d'Arlon.
Dans
le texte sur Arlon,
A. Wiltheim donne plus de précisions quant à la danseuse aux crotales:
« Voyons maintenant les reliefs de
jeunes filles qui dansent au son des crotales; l'un porte les joueuses de
crotales d'Arlon dont nous parlons maintenant, le second la joueuse de Mamer
dont je parle un peu ici, dont je dirai le reste à l'endroit voulu.
Rends-toi compte combien sur
chacune des figures (mais surtout sur celle d'Arlon, comme d'ailleurs tout à
l'heure dans le cas du garçon danseur), le corps est tendu et infléchi. Et même
durant l'usage des crotales, l'art semble avoir consisté à incliner le corps du
côté où sont les crotales quant elles se rejoignent.
Par ailleurs, ainsi
que le rappelle Julius Pollux à propos des danses anciennes, elles comportent de
nombreux infléchissements qu'il décrit; il s'agit de mouvoir la tête en avant et
en arrière, à droite et à gauche; de même pour le corps qu'il faut pencher et
tordre, plier et casser en deux. »
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